Après quelques années de disette aquariophile (achat d’une maison, déménagement de chez les parents, découverte de la vie de couple), il me fallait à nouveau un bac et du Tanganyika s’il vous plaît.

La décision fut prise début 2005 de récupérer un de mes anciens bacs, un 700 litres (L200xh70xP55) cuve nue sans galerie. Après plusieurs week-ends de bricolage, un décor de fond en plaque de polystyrène recouvert de béton hydrofuge (L’Aquarium à la Maison n°41), une galerie d’éclairage faite maison en bois marin (camouflant l’éclairage et un filtre semi-humide) et un support en cassier à vins en béton étaient terminés. Restait à déterminer la population et affiner la décoration en fonction.

Fin juin, je pris la route vers l’Allemagne pour prendre possession de mes nouveaux pensionnaires. Le choix avait été arrêté sur de jeunes spécimens, cela afin qu’une « sélection » naturelle se face :

- 6 Benthochromis tricoti
- 4 Gnathochromis permaxilaris
- 8 Cyphotilapia frontosa blue Zaïre Moba
- 8 Cyathopharynx foai Mbita Kasakalawe
- 4 Reganochromis calluarius
- 6 Greenwoodochromis christyi
- 6 Aulonocranus dewindti Kigoma
- 4 Synodontis petricola

Ce qui nous faisait 50 individus pour 8 espèces. Cela peut paraître beaucoup pour un aquarium de 700 litres mais il faut savoir que ces poissons étaient tous des juvéniles de 4-5 cm (exception faite des Bentho et des Regano qui mesuraient +- 12 cm). Des couples devaient se former et les autres individus retirés. Malheureusement pour moi, mon portefeuilles et surtout pour les poissons, la sélection s’est faite d’elle-même et plus rapidement que prévue. Un poisson décédait mystérieusement tous les jours. D’abord les Gnatho, puis les Betho suivie des Greenwoodochromis, 2 Regano et 5 Cyphotilapia. A ce jour, je n’ai toujours pas d’explication sur ces décès.

Après un mois de pèche quotidienne la population s’est stabilisée à 3 Cyphotilapia, 6 Cyathopharynx (2 mâles et 4 femelles), 2 Reganochromis, 5 Aulonocranus (2 mâles et 3 femelles) et 4 Synodontis. Au moment de l’écriture de cet article, la population est toujours la même.



Après ce petit historique, venons-en au but de cet article. Les Cyathopharynx foae Mbita Kasakalawe et leur mode de reproduction :

Petit à petit mes « écailles » prenaient du poids et des centimètres. Le plus petit des 2 mâles commençait à se colorer légèrement. Il débuta son travail de titan en chassant tous intrus s’approchant de son territoire, à savoir la large plage de sable situé au milieu de l’aquarium. Un beau matin, j’eu la bonne surprise de découvrir les premiers travaux de terrassement du maître des lieux. D’heures en heures, le cratère prenait forme. Le mâle prenait du sable partout où il le pouvait. Résultat des courses, on voyait la vitre de fond et ce n’était pas très esthétique. Il travaillait sans cesse et avec une précision de métronome. Ce spectacle était splendide.









Ensuite, commençaient les premières parades. Il parcourait le bac de long en large à la poursuite de « ses » femelles. Ses couleurs étaient magnifiques. Après quelques jours, une première femelle incubait, puis une deuxième. Il ne chômait pas le gaillard ... et ce, à peine les travaux terminés.





Un soir, j’ai eu l’immense chance d’assister à une de ses reproductions. Quel spectacle !!! Il paradait, toutes nageoires déployées et arborait ses plus belles couleurs sur presque l’entièreté du corps. La femelle arrivait dans le fond du cratère, y déposait un œuf et se retournait pour le gober…

Remarque : même si tout le monde doit le savoir, je préfère rappeler que les Cyathopharynx et autres Ophthalmochromis ont la particularité de posséder de longues nageoires pelviennes se terminant par des palettes de couleurs correspondant à la couleur de leurs œufs. La femelle, pensant qu’il s’agit d’un œuf, essaie de le gober. C’est à ce moment-là que le mâle lâche sa semence pour féconder les vrais œufs qu’elle a dans la gueule.

… Le mâle, donc, frétillait en déployant ses pelviennes. La femelle tente de gober les palettes et le mâle lâche sa semence. L’opération se reproduit jusqu’à ce que tous les œufs soient dans sa gueule. La femelle va ensuite s’isoler dans un coin de l’aquarium laissant le mâle à ses parades.

La première des femelles à s’être reproduite a été isolée comme indiqué dans « Le grand livre des cichlidés » de notre ami Ad Konings. Elle ne lâcha que 5 alevins. 3 furent sauvés. Pour la seconde, je laissais faire la nature et le soir venu, 5 petits Cyatho nageaient à la surface de l’eau. Un coup d’épuisette et le tour était joué. A ce jour, j’ai réussi à garder 13 alevins de 3 pontes différentes. Je présume que le nombre d’alevins n’est pas très élevé car il s’agit de leur première reproduction, du moins je l’espère.





Comme le sable venait à manquer et que je ne supportais plus de voir la vitre du fond, décision fut prise de rajouter un seau entier de sable pour combler ce vide. Ce qui devait arriver, arriva… le mâle a tout pris pour agrandir son cratère. Aujourd’hui ce cratère fait près de 70 cm de base, 42 cm de circonférence en son sommet pour 10 cm de hauteur.

Autre petite remarque, le mâle Cyathopharynx est le dominant dans l’aquarium. Il partage son espace et le sable avec un mâle Aulonocranus dewindti Kigoma. Malgré les besoins en sable du Cyatho, l’Aulonocranus a réussi à tirer son épingle du jeu et à faire son nid contre une paroi rocheuse. Plusieurs reproductions ont aboutis, parfois en alternance avec le Cyatho, parfois en même temps. Je n’ai hélas jamais pu sauver ou observer les alevins. Cela pourra peut-être faire le sujet d’un futur article car sur le site de Pé Point (Philippe Burnel), j’ai lu que cette cohabitation n’était presque pas possible. Affaire à suivre…

Les femelles ne sont pas très attractives mais lorsque le mâle parade et ce, presque en permanence, le spectacle est magnifique. Je recommande à toutes personnes possédant un aquarium de + de 500 litres et avec une large plage de sable de tenter l’expérience. Ils ne seront jamais déçus par cette espèce du lac Tanganyika.

J’espère que vous avez eu autant de plaisir à lire cet article (qui est mon premier) que moi à l’écrire.


Texte et photos : Frederic Back